L’enfer est pavé de bonnes intentions… Et sous les pavés la plage ?
Quand mai 68 a redessiné la société, ce ne fut pas sans mal, il a fallu du courage, de la détermination, vaincre la peur et enterrer des morts, mais l’action a porté ses fruits.
Deux époques totalement différentes…
En 68, le gouvernement gaulliste verrouille depuis longtemps la parole, les médias, la littérature, tout est censuré, l’opinion n’a pas lieu d’être et il faut se plier à la poigne de fer de l’état.
Le travail à la chaîne bat son plein, un monde où priment la production, l’argent et le pouvoir.
Pour les femmes, ce n’est pas rose non plus : la pilule n’est pas en vente en pharmacie, elles n’ont pas le droit de travailler en pantalon et ne peuvent ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari, l’avortement est illégal.
L’industrie est florissante et pas encore délocalisée, le courant capitaliste à l’américaine fait son chemin, les ouvriers commencent à être broyés par les cadences de travail (45 à 48 heures par semaine) et n’ont que peu droit au chapitre.
Les syndicats sont dépassés malgré la montée en puissance du parti communiste et du Petit Livre Rouge qui se brandit dans les manifs.
Les revendications sont encore plus ou moins « vierges » de récupération et pleines d’idéalisme car les informations ne circulent pas comme maintenant.

Les étudiants ont soif de liberté, ils viennent de vivre la comédie musicale Hair qui circule sous le manteau en VO (1969 pour la version française et ses scènes dénudées qui vont choquer les biens pensants), la libération sexuelle s’affiche ouvertement, Woodstock arrive, le flower-power et le LSD sont là.
Ce sont les étudiants qui vont mettre le feu aux poudres en manifestant à Nanterre contre la guerre au Vietnam, un des leurs est arrêté et un groupe mené par Dany le Rouge (Daniel Cohn-Bandit) va se mobiliser et occuper la tour administrative de la faculté de Nanterre. Ils exigent d’être traités comme des adultes, réclament la liberté d’expression politique sur le campus, veulent pouvoir aller et venir librement dans les chambres des filles…
Le doyen de la fac veut les faire passer en conseil de discipline… la machine est en route, ils seront rejoints dans le mouvement par les syndicats, les travailleurs les gens de la rue pour huit semaines de blocage qui feront plier la France et son gouvernement et qui feront tache d’huile dans les pays aux alentours.
Ils se seront battus, à coups de pavés, de barricades, de slogans incendiaires… ils auront eu les tripes et les couilles d’aller au bout de leurs idées pour un « monde meilleur ».
Pourquoi Mai 68 ne se produira jamais en 2023 ?
En 68, un Français sur quatre a moins de seize ans et le monde dans lequel il vit, l’école, l’entreprise, l’université, la famille sont des casernes où l’on n’a qu’un droit : obéir.
Il voit son père se tuer au travail, sa mère en bonne à tout faire bien soumise, tout est bâillonné par De Gaulle et la censure est une réalité dans ce grand pays « démocratique ».
Il y a donc matière à contester, pour des raisons concrètes, pour un changement de vie, pour un idéal général, pour la plage sous les pavés… Et cela pour tous, toutes tranches d’âge et niveau social confondus.
Les acquits de cette lutte sont dès à présent bien ancrés dans la société actuelle, la contraception est légale, le choix de la forme de sa famille aussi (gay, mixte, concubins, hétéro, marié ou non…) Les droits des femmes, des enfants, des travailleurs sont une réalité. L’information se propage à grande vitesse grâce au Net, nous avons tout, tout de suite, les gens partent une, deux, trois fois en vacances par an, nous avons envie d’une chose, nous la commandons sur Amazon et en deux jours maximum, elle est à nous.
A notre époque, les données démographiques ont changé, la population est vieillissante, les enfants arrivent plus tard dans les couples et/ou pour les femmes qui ont privilégié leur carrière professionnelle avant le reste. Cette tranche d’âge là travaille et essaye de s’assurer une vie comme nous avons essayé de le faire également, la pension ou si possible une pension correcte est devenue un but en espérant qu’il restera de l’argent pour la couvrir et que l’on pourra s’octroyer les petits plaisirs de la vie.
Les jeunes travailleurs d’aujourd’hui (20-30ans) privilégient leurs loisirs, ont fait du travail intérimaire une « évidence » pour y parvenir : je travaille pour avoir l’argent, j’arrête de bosser, je profite et je recommence à travailler quand je n’ai plus de fric ! Quelle ineptie ! …Quel avenir ?
La société du paraître fait loi via les réseaux sociaux, la quête des « likes » et des « pouces levés » pour du vent aussi.
Ah oui, manifester pour le climat ! Le nouveau combat des plus jeunes, si possible durant les heures de cours, c’est mieux et puis vite rentrer pour poster ses photos « j’y étais » et se jeter dans le canapé pour regarder Hanouna.
Ma génération est arrivée à un âge où nous n’avons plus la capacité et l’envie de remonter sur des barricades, elle va juste tenter de faire le gros dos et essayer de survivre à ce qui se passe actuellement. Le monde part en couilles, il n’y aura pas de marche arrière possible, la classe moyenne est occupée à disparaître inexorablement parce qu’elle est occupée à financer les dérives, les « bonnes idées », l’incompétence et les malversations aussi parfois des gens qui nous gouvernent depuis si longtemps.
Ces politicards qui ne pensent qu’à s’en foutre plein les poches sans se soucier d’être au service de la population. Ces politicards qui sont totalement déconnectés de la vie réelle et qui veulent nous donner des leçons d’économie et ne connaissent pas le prix d’un pain !
Les grandes multinationales tissent lentement leur toile, aidée par des lobbies bien huilés qui s’insinuent à tous les étages du pouvoir et dans tous les domaines (cfr Von Der Leyen et les rapports de son mari avec Pfizer par exemple).
Panem et circenses… Du pain et des jeux.
Quelle est la probabilité pour que la génération jeune de maintenant monte aux créneaux, prenne des risques, se mette entre parenthèse, occulte son égocentrisme pour tenter de comprendre la gravité de la situation actuelle (je ne parle pas du climat même s’il fait partie de l’équation) et descende dans la rue pour son avenir et par empathie pour celui des autres ?
Tant qu’ils auront un McDo à prix abordable, une connexion rapide, un portable dernier cri pour se mettre en valeur sur Insta ou TikTok, qu’est-ce qu’il leur faudrait de plus ? L’avenir, c’est plus tard, on aura encore le temps d’y penser, vivre d’abord !
Les multinationales et les gouvernements l’ont bien compris… comme dans la Rome antique, l’histoire est un éternel recommencement !
Je sais que ma caricature est poussée à l’extrême, que tout le monde n’est pas à jeter dans le même panier, que mon discours est réducteur mais la caricature a toujours dérangé par son fond de vérité et si cette caricature mise en parallèle avec les événements passés peut profiter à certains pour ouvrir les yeux, alors je n’en regrette aucun mot.
Sources : Wikipedia – Ça m’intéresse – Le Monde Politique – Larousse