Préambule
Vous trouverez tous les liens vers les logiciels et outils cités dans cet article en fin de page. Chaque terme en italique renvoie à ces liens de fin de billet.
Le marteau et l’enclume.
Je désire vous présenter les instruments qui m’apportent leur aide à l’écriture, à la conception et à l’imagination. Ce sont tous ; des éléments qui se renforcent mutuellement, ce sont mes outils de travail au quotidien.
Quel que soit le domaine d’activité, il exige des compétences. Pour qu’elles soient correctement exécutées, nous avons tout autant besoin d’outils adaptés et de qualité.
Certains vous diront qu’ils ne peuvent se passer du papier et d’un stylo pour composer leur prose et je les félicite de travailler de cette façon. Je suis convaincu que s’accorder du temps pour rédiger à la main favorise une période de réflexion plus prolongée avant de continuer son histoire. Le temps de transcription des idées se réalise selon une cadence plus lente, sans doute propice à une introspection plus profonde.
Personnellement, je possède une écriture de cochon et, si je devais coucher sur le papier un texte conséquent de cette manière, je suis persuadé que j’aurais des difficultés à me relire en reprenant l’ouvrage quelques jours plus tard.
D’autre part, lorsque je suis dans de bonnes conditions de création, les idées arrivent parfois si rapidement que je peine à suivre le rythme. Je tape très vite sur mon clavier et l’écran se remplit d’une foultitude de mots soulignés par le correcteur de première ligne.
Ceci pour dire que l’écriture à la main, ce n’est pas pour moi.
Concepts et imagination.
L’inspiration, les idées, la manière de les traiter, de les exprimer, tout cela vient bien entendu de mon vécu, de ce que je suis. Mes études (ce que l’on appelait à l’époque Latin-Grec), mes lectures, mes goûts, mes préférences de genre (l’anticipation, le polar noir, la science-fiction, mais également l’histoire) sont autant de balises premières. Mes auteurs favoris (Thilliez, Chattam, Zelazny, Werber, Minier, Herbert, Barjavel, Hamilton, Tolkien…) ou les classiques qu’il a fallu parcourir pendant ma scolarité ( dieu, que Madame Bovary m’a paru longue et ennuyeuse ! ) sont par ailleurs les jalons de mon désir d’exprimer le ou les Univers qui germent dans mon cerveau en ébullition.
À toutes ces racines primaires, je dois ajouter le septième art, bien entendu. Il permet de visualiser parfois des mondes complexes. Cependant, à deux exceptions près, j’ai toujours été déçu que les cinéastes puissent, à la hussarde, massacrer une œuvre tellement puissante et la transformer en une soupe fadasse et sans couleur. Seuls, Dune de Frank Herbert et Le Seigneur des Anneaux de Tolkien m’ont apporté ce que mon esprit avait visualisé durant la lecture.
Enfin, pour terminer, la musique, qui n’est pas en reste. Une autre source d’inspiration. Elle possède la capacité à vous transporter et à vous conduire vers l’imaginaire (Pink Floyd, mon groupe fétiche, en est à mon égard le meilleur exemple). La musique reste très importante à mes yeux.
La chaîne de production : technique rime avec magique
Le poste fixe.
Je débuterai par l’accessoire principal, le poste de travail. J’utilise Linux depuis plus de vingt ans et je ne m’exprimerai bien entendu qu’à propos des outils à ma disposition pour ce système d’exploitation.
L’ordinateur n’est pas récent, il doit avoir quatre ou cinq ans, mais depuis longtemps, j’achète les pièces constituantes de mes machines séparément et je « monte » mon PC personnellement. Je suis ainsi certain de la qualité des composants, de la compatibilité système et, surtout, je m’assure une longévité importante par rapport à l’obsolescence programmée. Je tourne donc sous Opensuse Tumbleweed KDE.

Le traitement de texte.
Pour la rédaction, LibreOffice Writer et une licence pour LanguageTool directement à l’intérieur du traitement de texte et que je considère comme correcteur de première ligne. Il dégrossit le travail en temps réel. Il régit tout aussi bien l’orthographe que la grammaire et le style, il est relativement complet.
La suite LibreOffice n’a rien à envier à celle de Microsoft d’autant plus qu’elle est fournie de base avec le système et, pour les utilisateurs Windows, elle est gratuite de surcroît.
Les pensées, la description d’un lieu ou d’une personne peuvent vous assaillir n’importe où et n’importe quand. Porter un petit carnet sur soi, c’est bien, une application de prise de notes sur son GSM également. Parfois, cela n’est pas suffisant.
L’activité nomade.
Personnellement, durant mon travail, il est impossible de laisser libre cours à mon imagination. J’ai besoin de toute ma concentration. Par contre, pendant ma pause de midi, je m’abandonne à retrouver les acteurs de mon imaginaire, mon fil conducteur, et souvent des idées, des phrases me viennent et je ne les laisse pas s’envoler. J’utilisais une liseuse Bookeen Notea 2 que j’avais acquise pour son ambivalence. Une liseuse certes pesante et pas très fonctionnelle en taille, mais qui m’accordait de prendre des notes manuscrites à la volée, de dessiner des ébauches de storyboard permettant de visualiser une scène, un lieu. Elle me convenait. Cependant, elle aurait pu être plus adaptée encore à mes exigences en y ajoutant quelques détails concrets. J’ai décidé de m’en défaire (elle est à vendre pour les amateurs) pour passer à une Remarkable Paper Pro qui réunit tout ce dont j’ai besoin.
Bien sûr, elle est plus imposante en poids et par ses dimensions, ce qui ne la rend pas commode pour un rôle unique de lecture. Toutefois, la prise de notes est si intuitive, j’ai l’impression d’écrire sur une feuille de papier. Munie d’un clavier, elle me permet aussi, à ma convenance, la dactylographie sans la nécessité d’employer le stylet. L’encre électronique est colorée et me permet de souligner et d’annoter mon premier jet sans effort. La relecture de mes chapitres est nettement simplifiée par rapport au besoin de reparcourir du texte sur l’écran du PC, on finit par y perdre le fil. Ce système accorde également la possibilité d’économiser beaucoup de papier que j’aurais utilisé pour imprimer les écrits à corriger. Elle est capable de transformer mon écriture « pattes de mouches » en texte dactylographié avec plus ou moins de réussite. Sa faculté d’échange de fichiers dans le cloud me fait énormément gagner de temps pour récupérer le travail réalisé à l’extérieur sur mon poste fixe. Que du bonheur.
Je ne passerai pas à côté du GSM bien sûr, il me permet de photographier ou de filmer des lieux afin de pouvoir en effectuer la description ou m’en inspirer pour l’une ou l’autre action spécifique.
Les assistants particuliers.
Fabula Deck.
Avoir les idées qui fusent, c’est formidable, l’important, c’est de pouvoir les hiérarchiser pour les exploiter au maximum, ne pas s’y perdre.
Pour me soutenir, j’utilise le Fabula Deck, un jeu de cartes qui aide à structurer le récit tant au niveau des acteurs que des actions et des interactions entre eux. Il est établi à partir des douze étapes du mythe du héros de Vogler. Il permet de créer la charpente du récit afin d’entamer l’écriture avec un ou plusieurs fils conducteurs qui demeureront bien entendu évolutifs durant l’écriture. Encore maintenant, alors que j’ai rédigé les deux tiers de mon roman, les personnages ne cessent de me surprendre par des décisions pour lesquelles je n’avais pas imaginé qu’elles puissent se dérouler. Le Fabula Deck doit rester un canevas, mais ne doit jamais figer votre créativité, votre récit.
Certaines personnes apprécient cette aide visuelle, tandis que d’autres la trouvent absurde. Chacun doit se faire sa propre opinion.
Bibisco.
J’en arrive à la visualisation du roman tant au niveau du produit « semi-terminé » que des éléments qui le composent.
En vue de créer mon récit, j’ai besoin de me représenter de nombreux paramètres. J’en ai touché un mot avec les photographies. L’image que je me fais des personnages est toute aussi importante. Pourtant, ils existent uniquement dans mon esprit, or j’ai le besoin de les voir. J’utilise par conséquent par l’IA pour composer les visages de mes intervenants afin de leur offrir une consistance « réelle ». L’action a nécessité plusieurs tentatives pour arriver à ce que j’avais imaginé.
Ces personnages ont une histoire, un vécu qui va transparaître dans le récit et influer sur leurs décisions ou leurs démarches. Conserver une empreinte écrite de ce vécu et le décrire aussi précisément que possible est donc important, pour en extraire la « substantifique moelle », comme l’exprimait Rabelais.
Avant d’entamer une action dans un nouvel endroit, je dois l’imaginer et en garder une trace, surtout si je dois y retourner ou y emmener un autre personnage. L’action de mon roman se situe dans l’avenir, je dois me fonder sur ce qui existe et le transposer, souvent fortement modifié et impacté par les années qui se sont écoulées. Beaucoup de matière à persévérer.
Parallèlement au Fabula Deck, j’ai également la nécessité de conserver une carte des déplacements de mes acteurs afin que la trame et, surtout, le fil du temps soient cohérents.
Pour centraliser toutes ces actions, j’utilise Bibisco, un logiciel libre d’aide à l’écriture dans la veine de Manuskript, Scrivener ou Story Architect. Je l’aime beaucoup, car très intuitif. À noter que le concepteur espagnol est très réactif. Il a répondu dans la journée, de manière complète et agréable, à une simple question par mail. Bibisco permet l’exportation directe en pdf ou en epub.
Antidote.
J’en arrive au correcteur orthographique, grammatical et stylistique. Antidote, connu par les auteurs comme Barabbas à la passion. J’y copie-colle mes chapitres avant de les introduire dans Bibisco et j’effectue la relecture-correction en ligne. Il est extrêmement performant, son IA de réécriture de certains passages est impressionnante, mais il ne faut pas lui faire en tous points confiance, la refonte modifie parfois à l’extrême le sens initial de la phrase concernée. L’IA doit rester un outil à utiliser avec des pincettes. Pourquoi ne pas l’intégrer directement au traitement de texte plutôt que LanguageTool ? Druide, la société à l’origine d’Antidote, a choisi de ne pas adapter ce logiciel pour les systèmes d’exploitation Linux, une décision regrettable.
Les proches et l’environnement de travail.
Alors, je ne peux pas terminer sans parler de la vie de tous les jours, des proches, de l’espace de travail, des contraintes également.
Je suis sur le point d’être à la retraite ; il me reste encore seize mois de travail, après quoi je serai libre des exigences qui limitent mes moments de création. Je me lève tôt entre cinq et six heures. J’aime écrire à ce moment-là, quand la maison est plongée dans le calme (et la pénombre à cette période de l’année) et que mon épouse n’a pas encore besoin de moi pour d’autres tâches au quotidien (oui, oui, il y a une vie à côté de l’écriture). Mon bureau n’est pas trop vaste, je m’y sens bien. J’y trouve tout ce qui m’est nécessaire sous la main et le Fabula est collé au mur juste au-dessus de mon écran. Je ne pourrais pas terminer ce chapitre consacré aux assistants spécifiques sans parler de Harold, mon chat (l’instigateur de mon nom de plume).
Il m’accompagne en permanence comme un bon « toutou félin ». Il est là pour me rassurer, pour me calmer. Myrtille et/ou Renato le rejoignent souvent. On doit dire que les Maine coons, ça prend beaucoup de place et que, parfois, même le clavier décide de quitter le bureau parce qu’il se sent de trop. Nous redémarrons donc le cours de l’écriture un peu plus tard.
Addendum.
La sauvegarde.
J’ai oublié de parler de la préservation des écrits et autres notes. Sujet pourtant important.
Bien entendu, de base, tout ce que je rédige avec LibreOffice Writer est assurément conservé en cours de frappe puis enregistré sur le disque dur de mon ordinateur.
Lorsque je travaille sur la ReMarkable Paper Pro, tout se sauvegarde en temps réel sur le cloud de ReMarkable, ce qui permet de ne s’inquiéter de rien durant le travail et d’avoir l’esprit libre.
Parallèlement, je dispose d’un NAS Synology à la maison, un cloud personnel qui conserve hors internet, tous les documents importants.
Ensuite, je m’astreins à télécharger mes documents sur deux clouds externes : Proton Drive et Mega. Cela me permet de maximiser mes chances de préserver mes données en cas de défaillance matérielle ou de piratage de mon disque dur. Il existe donc quatre sauvegardes distinctes, ce qui augmente sans conteste la récupération possible de ce travail de longue haleine.
Conclusion.
Voilà, vous connaissez tout de mon processus d’écriture. Je n’ai pas la prétention d’affirmer que je suis un écrivain, loin de là. Ainsi, je ne suis qu’un homme qui a opté, au crépuscule de sa vie, de s’adonner à une passion qui le motive et active son cerveau. Je me fiche de publier mon livre à x exemplaires. Si je peux en autopublier quelques-uns, savoir qu’ils ont plus aux lecteurs, j’en serai formidablement récompensé.
Je n’ai pas la prétention d’arguer que ma méthodologie est la bonne, toutefois, je peux certifier qu’elle est celle qui me convient pour écrire. L’écriture est une affaire de subjectivité, comme la formule pour y parvenir. Je vous ai proposé de découvrir la mienne.