Élaborer une histoire prend du temps. Organiser les idées, inventer des personnages, développer leur caractère, les imaginer, trouver la façon dont ils s’exprimeront, tout cela est chronophage.
Vient après la rédaction, le premier jet. J’ignore si ce moment se déroule chez tous comme il s’est développé chez moi. Lorsque j’ai commencé d’écrire, je sentais comme un flot continu qui jaillissait de mon esprit, et j’en avais presque peur. La crainte que mes doigts ne suivent pas le rythme sur le clavier.
Les chapitres se sont enchaînés, le cheminement de l’histoire semblait évident jusqu’au moment d’un premier rebondissement que je devais débobiner avec soin et force détails.
Syndrome.
J’ai donc décidé de m’arrêter un peu, de réfléchir à la manière de poursuivre sans trop en dévoiler et puis… Le syndrome de la page blanche. Plus rien ne venait. J’étais pourtant déjà bien engagé dans l’aventure de mes nouveaux amis, ces personnages qui avaient acquis tant de consistance.
J’ai pris conscience qu’à force de me plonger dans l’histoire, de la relire, de la corriger, de rectifier l’orthographe et le style, je perdais le recul nécessaire pour une poursuite sereine de la rédaction. Ces réflexions ont suscité des incertitudes : le récit, issu des recoins de mon esprit, captivera-t-il le lecteur qui aura la gentillesse de le découvrir ?
J’ai lu de nombreux articles sur la chute d’idées, des billets, dans les groupes d’auteurs que je parcours sur Facebook. Cette terrible et obsédante page blanche qui refuse de se garnir de nouveau de mots et de pensées.
Imaginer l’avenir.
Parallèlement, je commençais à m’intéresser à l’avenir, aux différentes et longues étapes qui jalonnent la parution d’un écrit. La bêta-lecture, la correction, la mise en page et ses contraintes techniques, les canaux d’édition. Le chemin était encore très long.
J’ai exprimé autour de moi mon envie, annoncé avec un peu d’appréhension que j’avais entrepris la rédaction d’un roman, que je réalisais un vieux rêve. J’éprouvais la crainte de paraître prétentieux… « Il se prend pour qui, celui-là ? ».
Peut-être que cette réaction a traversé l’esprit de certains, mais ils l’ont extrêmement bien caché. Certaines personnes semblaient intriguées, d’autres manifestaient même de l’excitation.
Oser se livrer.
J’ai alors partagé ce premier jet, pas bien structuré, rempli de fautes d’orthographe et de style avec une longue partie expliquant le monde dans lequel se déroule la trame. Cette partie me paraissait essentielle pour la compréhension de l’histoire. Cependant, elle était interminable, technique, complexe, certainement rédhibitoire.
Cinq exemplaires ont été distribués. Quatre lecteurs n’ont visiblement pas encore commencé la lecture ou craignent de me dire qu’ils n’aiment pas, une seule personne m’est revenue avec une analyse vraiment complète, approfondie, des remarques justifiées et constructives.
J’en viens donc à la priorité de « l’ alpha- bêta- lecture » et du choix des individus qui vont lire vos écrits.
Il est très important de noter que les êtres les plus proches de vous ne sont sans doute pas ceux qui pourront vous exprimer un retour objectif et constructif. Ce sont d’elles que je n’ai reçu aucune nouvelle. Toutefois, mon alpha-lectrice, dont le travail, car je peux affirmer qu’elle a parcouru le texte en effectuant une véritable démarche professionnelle (surlignage, post-it…), ma liseuse est totalement étrangère à ma famille ou mon cercle d’amis et de connaissances.

Ses remarques, son avis éclairé m’ont ouvert l’esprit sur la manière de poursuivre l’aventure. Lorsqu’elle m’a ensuite annoncé qu’elle attendait de lire la suite avec impatience, qu’elle désirait éprouver ce qu’il allait arriver à mes personnages, j’ai su.
J’ai su qu’ils avaient pris vie ailleurs que dans mon imagination et que leur histoire importait à quelqu’un d’autre que moi.
Renouveau.
La page blanche s’est de nouveau couverte de mots, les rebondissements s’enchaînent. L’envie de rouvrir ce blog pour extérioriser mes ressentis en parallèle à la rédaction m’a semblé également une bonne idée.
J’ai exprimé ma gratitude envers B., qui a été ma première véritable alpha-lectrice. Elle m’a « reboosté », et aidé à retrouver le goût de l’écriture sous toutes ses formes.
Merci à elle.