Remise en perspective préalable.
J’ai commencé l’écriture de L’Emballement en février 2024 alors que j’étais cloué à la maison par une infection pulmonaire invalidante. Empêché de me rendre au travail et de sortir de chez moi, je tournais en rond comme un lion en cage.
J’adore l’informatique, je passe beaucoup de temps à bidouiller mon PC sous Linux. J’aime aussi parcourir la toile, pas nécessairement Facebook, mais, par exemple, à partir d’une recherche, entamer la lecture d’une page Wikipédia. J’en suis les liens, je poursuis vers les thématiques dérivées de mes réflexions d’origines, je fouille pour découvrir les erreurs et les contre-vérités. Depuis peu, dénicher et dénoncer les fakes générées par l’IA est également un sport agréable.
Tout cela, c’est très bien, mais pas quinze jours durant. Pour cette raison, l’envie d’écrire a germé à ce moment dans mon esprit. Un vieux rêve.
J’ai toujours aimé lire et rédiger. J’ai eu la chance de poursuivre des études plutôt classiques au lycée, ce que l’on appelait à l’époque, en Belgique, le cursus « latin-grec ». Cette filière m’a mené aux lettres et écrivains académiques, à l’histoire ancienne et à la traduction dans le texte d’auteurs comme Ovide, Platon ou Socrate. Loin de la rigueur mathématique et scientifique des autres réseaux, il nous a, par contre, été offert une ouverture d’esprit, une vision du monde et une envie d’apprendre par la lecture.
Pour en revenir à ce mois de février, je me suis assis devant mon écran, j’ai lancé LibreOffice Writer et je me suis retrouvé face à une page blanche. Qu’allais-je bien pouvoir sortir de ces touches de clavier ?
J’ai refermé mon traitement de texte et je suis parti à la pêche aux informations sur la marche à suivre qu’utilisent mes auteurs préférés. Comment organiser mes idées, sur quelles bases démarrer. Pour les fans et les autres, je vous invite à lire dans la série Le Robert, Secrets d’écriture, Le Plaisir de la Peur de Franck Thilliez, un texte vraiment très intéressant.
Je savais que je n’accoucherais pas de poésie. Je n’en possède pas les codes, je n’ai pas nécessairement la patience d’en respecter les principes, même si l’art poétique se décline maintenant loin des carcans des auteurs classiques.
Ce serait un roman.
Mais je devais me faire la main, apprendre à gérer le flux de mes idées avec un récit dont je n’allais pas imaginer de bout en bout l’intrigue et les protagonistes. Je décidai donc de rédiger une novella autobiographique (une nouvelle qui comporte plus de mots — maximum 17 500 — que ne prévoient les conventions), Les Yeux bleus, à retrouver sur la page Des écrits en partage.
Je dois qualifier mon écriture d’instinctive, rapide, nerveuse, venant des tripes. Une scène se matérialise dans mon esprit et j’en fais la description à un rythme soutenu. Ensuite, je me relis, corrige l’orthographe et la grammaire, puis je vérifie sommairement le style.
J’ai donc structuré mes idées sur papier, j’ai acquis le Fabula Deck pour visualiser physiquement l’ossature du récit, j’ai fait des recherches sur les développements scientifiques à considérer, j’ai revu en photos les lieux que je dépeins, soit, du travail de documentation, tout ce qu’il y a de plus logique et nécessaire. Je me suis entouré de divers outils (voir l’article Mes outils de travail) pour m’aider à finaliser ce défi que je venais de me lancer.
Bref, nous voilà dix mois plus tard et j’appose le mot « FIN » au bas de la dernière page.
Ce long préambule étant maintenant derrière nous, j’en arrive au sujet de cet article, les relectures et corrections.
Ma méthode (à ne pas copier nécessairement), totalement subjective.
Donc, en cours de rédaction, après chaque étape, je vous ai déjà expliqué que je revenais sur le texte en matière d’orthographe, grammaire et tournures stylistiques basiques. Ceci rectifie l’écrit primitif afin d’en conserver une « substantifique moelle » qui doit être à présent retravaillée. J’ai laissé passer la période des fêtes de fin d’année sans plus retourner à mon travail. Les quatre derniers chapitres et l’épilogue ont consommé une part importante de mon ardeur. Le twist final, l’avenir des personnages, les sous-entendus qui devaient planer furent énergivores. Psychologiquement parlant, quitter ces personnages qui vous accompagnent depuis dix mois n’est pas sans conséquences non plus !
Parcourir le texte sur l’écran de l’ordinateur est totalement contre-productif, surtout dans le cas d’articles plus longs. Par mon travail, je suis amené à écrire de nombreux mails, beaucoup de courriers et je sais, d’expérience, que, si les relectures sont nécessaires, elles sont aussi contraignantes quand elles s’effectuent à l’écran. Il est nécessaire de redoubler de vigilance et ne pas faire aveuglément confiance à la correction automatique.
La rédaction est réalisée dans Writer auquel j’ai joint un compte payant à LanguageTools. Il s’agit d’un correcteur orthographique et grammatical que je considère « de première ligne ». Durant le déroulé sauvage de mes idées sur le « papier », il digère et signale en temps réel les coquilles liées à la vitesse parfois effrénée de la rédaction. Il est efficace, mais il fonctionne moins en profondeur qu’Antidote. J’y reviendrai plus en détail par la suite. Accessoirement, un plugin me permet de disposer des services payants de LanguageTools en temps réel dans mon navigateur, c’est un petit plus dans la vie informatique de tous les jours.

Le texte, ayant subi la première correction, je le déroule dans Antidote. Je travaille directement sur le site, j’effectue un copier-coller et je le passe à la moulinette.
Et là, j’entends fuser la question qui tue : pourquoi débourser deux fois pour deux activités somme toute similaires et de plus devoir utiliser le copier-coller fastidieux pour obtenir la correction ? Tout simplement parce que Druide, l’éditeur d’Antidote ne juge sans doute pas suffisamment importante, l’existence d’une communauté de linguistes, écrivains, journalistes, responsables de contenus qui œuvrent sous Linux. Druide ne développe rien à notre égard. Je ne rentrerai pas dans les détails et la polémique entre Windows et Linux. Je veux en tout et pour tout signaler que je fonctionne avec ce système depuis vingt-cinq ans, je n’en changerais pour rien au monde et certainement pas pour un logiciel propriétaire. Fin du débat.
Revenons à nos moutons !
La moulinette Andidote, c’est fait. Je sauvegarde mon texte puis j’injecte le chapitre dans Bibisco. Comme je l’ai explicité sommairement dans l’article sur mes outils de travail, Bibisco est une application libre d’aide à l’écriture dans la veine de Manuskript, Scrivener ou Story Architect. Je l’aime beaucoup, car très intuitif. Dans le texte en question, j’explique en quoi il m’est utile en termes d’outil de création. Ici, je vais exploiter ses fonctionnalités d’exportation afin d’obtenir un document semi-fini provisoire pour la relecture externe. (Bon à savoir, si l’on est en possession d’un ISBN, il est joignable ainsi que la couverture de l’ouvrage)
J’obtiens donc maintenant un document utilisable sur ma « tablette-liseuse-machine-à-café-et-à-tout-faire » : une ReMarkable Paper Pro que je décris également dans l’article sur mes outils. Là, j’entre dans le vif du sujet de la relecture. La RMPP me permet de commenter, surligner en différentes couleurs, réécrire des parties à développer ou à jeter. Je peux annoter le texte ou le réécrire directement sur le document avec le stylet ou en utilisant le clavier physique intégré, dactylographier sur une « feuille » séparée, des pans entiers des chapitres que je relis. J’en suis actuellement à cette étape. Le travail va être long et fastidieux. Une fois les corrections et les réécritures terminées, je passe une seconde fois par Antidote avant de sauvegarder à nouveau. Tout est conservé à trois endroits différents : un cloud privé sur un Nas à la maison, sur le cloud gratuit et chiffré Mega et sur un cloud personnel crypté lié à mon compte Proton (mail, agenda, drive, VPN, gestion de mots de passe…).
Je me suis inscrit dans différents groupes de lecteurs — auteurs — bêta-lecteurs, ils seront ma prochaine étape. Je suis en contact avec une alpha-lectrice, une personne extérieure qui ne fait pas partie de ma famille ou de l’entourage proche. Elle a déjà accès au premier jet et ses conseils avisés et constructifs m’aident énormément pour mon travail de relecture.
Questionnements légitimes.
Ayant commencé à parler de mon projet dans ces différents groupes, je constate que je reçois pléthore de messages privés pour me proposer des services de correction et de relecture ou bêta-lecture, rémunérés bien entendu. Tout travail mérite salaire et je ne serai pas opposé à payer pour un travail de qualité. Ce qui m’effraie à ce stade, c’est la manière dont toutes ces personnes se jettent dans la mêlée pour obtenir le Graal. Je les comprends, mais cela affaiblit leur action et augmente les doutes à l’égard de toutes ces propositions. Comment filtrer à qui envoyer son manuscrit en toute confiance ? Comment effectuer le tri entre le bon grain et l’ivraie ? L’annonce de certification Voltaire et autre, sont-ce des références suffisantes ?
J’ai encore un peu de temps avant cette phase. Je m’offrirai un moment de calme pour chercher, comparer, me renseigner, sachant que cette étape est indispensable avant le passage vers une correction professionnelle. Elle, elle est planifiée, même si les questionnements sont exactement les mêmes alors que je toucherai ce stade du travail. Nous en reparlerons lorsque j’atteindrai ces moments clefs.